BRUNO Giordano (1548-1600)

Affiche Italienne

Giordano Bruno a fait deux séjours à Paris :

  1. De la fin de 1581 au milieu de l’été 1583
  2. De décembre 1585 au mois de juillet 1586

Des voyages par obligation, de l’érudition et un tempérament inflexible qui condamne Giordano Bruno car ses idées novatrices s’opposaient à la pensée unique de l’époque. Son procès eu lieu en 1592 {M Domenico Berti} et il rédigea une profession de foi pour expliquer la structure de sa philosophie inspirée par celle de Pythagore.

« Je crois, en somme, à un univers infini c’est-à-dire à un effet du pouvoir divin infini parce que j’ai estimé qu’il serait indigne de la bonté et de la puissance divines qu’elles eussent produit un monde fini alors qu’elles sont capables, outre ce monde, d’en produire un autre ou une infinité d’autres. C’est pourquoi j’ai déclaré qu’il y a des mondes particuliers infinis semblables à celui de la terre. Avec Pythagore, je crois que la terre est un astre de même nature que la lune et les autres planètes, les autres astres qui sont infinis. Je crois que tous ces corps sont des mondes, qu’ils sont innombrables : ainsi est constituée l’infinie universalité dans un espace infini et c’est ce qu’on appelle l’univers infini dans lequel sont des mondes sans nombre de sorte qu’il y a une double sorte de grandeur infinie dans l’univers, et une multitude des mondes. D’une façon indirecte, on peut considérer cette manière de voir comme une contradiction avec la vérité selon la véritable foi.

En outre, je place dans cet univers une Providence universelle en vertu de laquelle tout vit, croît, se meut et atteint sa perfection. Je comprends cela de deux manières. La première est relative au mode d’après lequel l’âme entière est présente dans tout le corps et dans chacune de ses parties : je l’appelle nature, l’ombre et l’empreinte de la divinité. La seconde, c’est le mode ineffable dans lequel Dieu, par essence, présence et puissance, est dans tout et au-dessus de tout, non comme une partie de ce tout, non comme une âme, mais d’une manière inexplicable.

Je crois, aussi, que tous les attributs dans la divinité sont une seule et même chose. D’accord avec les théologiens et les grands philosophes, je saisis trois attributs : puissance, sagesse et bonté, ou plutôt, mental, intellect, amour, qui acquièrent l’être dans le mental : ils acquièrent ensuite une nature ordonnée et distincte par l’intellect, ils arrivent enfin à la concorde et à la symétrie par l’amour. Aussi je conçois l’être dans tout et au-dessus [163] de tout, parce qu’il n’y a rien qui ne participe pas à l’être et qu’il n’y a pas d’être sans essence, de même qu’il n’y a rien de beau sans que la beauté soit présente. Aussi, rien n’est exempt de la présence divine. C’est donc par la raison et non par le moyen d’une vérité substantielle que je conçois la distinction dans la divinité.

Admettant, donc, que le monde a été produit et formé, je comprends que, en tenant compte de son être total, il dépend de la cause première et qu’ainsi il n’est pas en contradiction avec ce qu’on nomme création. C’est aussi ce qu’exprime Aristote quand il dit : « Dieu est ce dont dépend le monde et toute la nature. » Par conséquent, suivant la définition de saint Thomas, qu’il soit éternel ou dans le temps, il est, de par tout son être, dépendant de la cause première et rien en lui n’est indépendant.

J’arrive aux questions qui relèvent de la vraie foi. Je ne m’expliquerai pas en philosophe pour aborder l’individualité des personnes divines, la sagesse et le fils du mental appelé par les philosophes : l’intellect et par les théologiens le verbe qui, d’après ces derniers, a assumé de chair humaine. Mais moi, m’en tenant aux termes de la philosophie, je ne l’ai pas compris ainsi : j’ai douté et je n’ai pas, à cet égard, été constant dans ma foi. Non que je me souvienne de l’avoir laissé paraître dans mes écrits et mes paroles, si ce n’est indirectement et par déduction, à propos d’autres questions. On peut réunir quelques indications comme il est toujours possible de le faire pour un esprit inventif, pour un professionnel, quand il s’agit de ce qui est susceptible d’être prouvé par le raisonnement, conclu d’après nos lumières naturelles. Ainsi, pour ce qui regarde le Saint-Esprit en tant que troisième personne, je n’ai pas été capable de comprendre ainsi qu’on doit croire. Mais à la manière Pythagoricienne, en conformité avec l’interprétation de Salomon, j’ai compris le Saint-Esprit comme l’âme de l’Univers ou comme adjoint à l’Univers. C’est être d’accord avec la Sagesse de Salomon qui a dit : « L’esprit de Dieu remplit toute la terre et ce qui contient toutes choses. » C’est également conforme à la doctrine Pythagoricienne expliquée par Virgile dans l’Enéide :

Principio coeleum ac terras camposque liquentes,

Lucentemque globum Lunoe, Titaniaque Astra

Spiritus intus alit, totamque, infusa per artus,

Mens agitat molem… 184

et les vers qui suivent.

Donc, de cet esprit qu’on appelle la vie de l’univers tel que ma philosophie le comprend, procède la vie et l’âme pour tout ce qui possède une vie et une âme. Je crois l’âme immortelle. Les corps sont immortels aussi, quant à leur substance, car il n’y a pas d’autre mort que la division de la congrégation : cette doctrine semble exprimée dans l’Ecclésiaste qui dit : « Il n’y a rien de nouveau sous le soleil, ce qui est c’est ce qui fut. »

 

Auteur de l’article : Patrice PORTEMANN