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Le mythe et la logique

Initialement, dans le monde antique,  à partir de Xénophane[1] (565-470 av. J.-C.) le mythe est critiqué et rejeté. Sur les interprétations « rationnelles » des divinités utilisées par Homère et Hésiode, les grecs ont vidé le mythos de toute valeur religieuse et métaphysique. Mythos est donc opposé à logos puis à historia pour identifier le mythe à tout ce qui ne peut pas exister réellement.

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Positivisme et Déterminisme

Positivisme 

On qualifie de positiviste une personne qui souhaite éliminer de son discours scientifique tout ce qui ne relève pas de l’observation et de l’expérience. Il existe donc (pour les positivistes) un attachement fort à la « perception sensorielle » d’Aristote.

On peut dire que les positivistes se sont « cassés les dents » sur l’atome…

Auguste comte est une référence du positivisme, il analyse l’évolution des connaissances en trois parties : la théologie, la métaphysique et la science. La science est l’aboutissement du progrès des connaissances (connaissances positives).

Le positivisme est également un courant philosophique (début XXe siècle) issu d’un « cercle de Vienne » dont la radicalité des pensées se prolonge actuellement dans le positivisme logique et la philosophie analytique. Ils considèrent simplement que la théologie et la métaphysique ne possèdent aucun sens puisque ces questions là ne correspondent à rien d’empirique. Pour eux, les questions théologiques et métaphysiques ne sont que des illusions du langage.

Déterminisme

Un système est dit déterministe si son état à un moment donné entraîne immanquablement la totalité des états futurs.

Affirmer que tout, dans l’Univers, est déterminé signifie simplement qu’il existe un lien continu entre la totalité des événements qui s’y enchaînent. Bien sûr, il n’existe pas de lien continu entre la totalité des événements. L’univers n’est pas un système déterministe. L’univers inclue la créativité et la nouveauté dans ses volutes progressives et l’être humain en est un exemple avec ce que l’on nomme son libre arbitre ou sa volonté libre d’agir dans un sens ou dans l’autre. D’où la difficulté pour intégrer dans les modèles économiques le comportement humain comme variable « déterministe » puisque l’individu agit (plus ou moins) comme bon lui semble.

Paradigmes scientifiques

Dans l’idée de transmission du savoir, de l’orient vers l’occident, réside les exigences d’une « évolution humaine cohérente ». Avec cette migration des connaissances et l’évolution du savoir, l’intuition et la pénétration de l’esprit transmettent les idées structurées ensuite en pensées par la cristallisation de « l’énergie cognitive » dans la matière.

Et la Science a suivi cette continuité dans ses raisonnements. Du positivisme de Descartes au principe d’incertitude d’Heisenberg, un gouffre les sépare et les conséquences pour le développement culturel de l’humanité sont très importantes.

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Entre Science Rationnelle et Science Probabiliste

 D’un point de vue scientifique, l’analyse est basée sur le principe de causalité pour structurer un raisonnement. Mais cette définition rationaliste et déterministe tend à s’estomper pour laisser une place dominante aux concepts abstraits d’une science dématérialisée (conceptuelle) et probabiliste c’est-à-dire incertaine et indéterminée. Non qu’on ne puisse pas retrouver ou reconnaître les causes mises en jeu, mais nous savons aujourd’hui, qu’au cours du temps, il y a une perte d’information dans toutes les transformations de la matière. Ainsi sommes-nous obligés d’admettre qu’il n’y a pas de solution « exacte » et « certaine » à tous les problèmes posées mais qu’il existe plutôt, une « probabilité de solution viable ». La nuance est importante et d’un point de vue philosophique/épistémologique, les conceptions de la science sont forcément bouleversées (fin du positivisme). Voilà comment les représentations actuelles de la science dite « exacte » retrouve les fondements de la pensée globale (holisme) des premières civilisations d’orient.

Le modèle de la science est globalement le suivant : La connaissance du monde est dite « scientifique » lorsque des expériences modélisées et réitérées peuvent servir à prévoir le comportement d’un système (en occident vers 1500).

Déjà les grecs avaient un savoir approfondi du monde et des techniques. Ils connaissaient la rotation de la Terre autour du soleil et ils donnaient même l’explication des planètes rétrogrades… Ils construisaient des automates avec des dizaines d’engrenages[1] pour animer la représentation du système solaire (héliocentrique) ou pour rendre plus vivant des décors de théâtre {Héron}.

En occident, une période d’obscurantisme soumet les recherches scientifiques (ou simplement le questionnement humain) à la peur de l’Inquisition qui impose un langage scolastique de l’an 500 à la renaissance. La scolastique est une combinaison mentale et hasardeuse entre la philosophie matérialiste grecque (Aristote) et la théologie catholique qui fait suite au concile de Nicée en 325 et qui diffuse, à grands coups de fouet et de buchers allumés, les représentations divines (métaphysiques) qui en découlent. Pendant plus d’un millénaire, la scolastique chrétienne plonge l’Europe dans l’ignorance scientifique et l’idéalisation anthropomorphique exagérée. Les conséquences sont lourdes et elles pèsent encore de nos jours (au début du IIIe millénaire)…

{interprétations ontologiques}

Plus généralement, on considère que l’analyse scientifique est né (en mathématiques) des Éléments d’Euclide qui, partant d’axiomes, élaborent une théorie complète qui « tourne sur elle-même ». Quelle étrange particularité pour l’homme, de considérer qu’une théorie est scientifiquement logique (en maths) lorsqu’elle s’auto-engendre ! (Peut-être un élan supplémentaire d’égocentrisme…)

Dans  « Le Rêve de la raison », Javier Fresán résume avec précision la pensée mathématique :

« Euclide considérait que les axiomes étaient des vérités évidentes, en accord avec notre expérience des objets physiques, mais la découverte d’autres géométries différentes de la sienne, vers le milieu du XIXe siècle, mit à mal cette conception réaliste. Depuis lors, les axiomes ne sont que des énoncés que l’on choisit par commodité comme base de recherches mathématiques. LOrsqu’on applique certaines règles de déduction aux axiomes, comme le modus ponens ou le modus tollens, on obtient d’autres énoncés vrais que les mathématiciens appellent théorèmes. La vérité de ces théorèmes repose sur les démonstrations, enchaînements finis d’énoncés dont le premier est un axiome et les suivants sont soit des axiomes, soit des déductions des précédents par les règles d’inférence. Une théorie est un ensemble d’axiomes, de règles et de déduction et de tous les théorèmes démontrables à partir de ses composantes. »

Pour vérifier les structures mathématiques, la logique est un formidable outil de la pensée c’est également une branche des mathématiques qui étudie les théories en faisant abstraction de ce qu’elles disent. Lorsqu’un logicien analyse un système axiomatique, il analyse la structure par une approche formelle basée sur :

  • la cohérence (pour éviter les contradictions d’une théorie)
  • la récursivité (limiter les axiomes de base pour aboutir une démonstration)
  • la complétude (sans faire intervenir le concept de vérité, la théorie en elle-même suffit à démontrer ou réfuter des propositions dans le monde considéré)

C’est ainsi que se sont construites les mathématiques… Passionnant non ?

Mais les sciences de la matière sont plutôt un assemblage dissonant d’approches formelles et expérimentales différentes qui, parfois, s’opposent entre elles comme la gravité et la mécanique quantique ou se rejoignent parfois (unification) mais la compréhension humaine reste informelle puisque la théorie du tout n’est pas achevée.

{voir théo d’incomplétude en maths et le principe d’incertitude en physique}

Ce qui domine la construction initiale des mathématiques, c’est la méthode axiomatique. Cette méthode est propre aux sciences pour en exprimer les résultats à partir de propositions admises sans démonstration mais formulées avec un raisonnement rigoureux. Les éléments d’Euclide en représentent l’archétype. C’est d’ailleurs un des livres les plus vendus/imprimé au monde de tous les temps, sur tous les continents. Le livre des Éléments d’Euclide représente un best-seller planétaire !

Ainsi, le formalisme recherché dans son expression synoptique n’est pas encore trouvé c’est-à-dire que la « Théorie unifiée » des quatre forces fondamentales (de la physique) reste encore à découvrir. Pour l’instant il manque à intégrer/unifier la force de la gravitation qui résiste, et fait  « bande à part ».

{ironie de l’attraction universelle}

« Plus le savoir s’étend, moins la connaissance est grande dans l’immensité entrevue »

C’est l’adage des penseurs depuis toujours…

[1] Comme pour la machine d’Anticythère retrouvé en 1900 par des pécheurs dans une épave du Moyen âge. Mais la complexité du mécanisme (32 engrenages permettant de déterminer la position du soleil et de la lune pour un jour donné) était en contradiction avec les connaissances du Moyen âge. Cette machine fût, à priori, fabriquée un ou deux siècles avant notre ère.

Science : étymologie en Europe

Origine du mot science

En Europe, le mot science apparaît en 1080 à partir de la racine latine scientia, de sciens, scientis participe présent de scire, savoir. Étymologiquement, la science est donc associer au savoir. Globalement, il s’agit d’une connaissance pratique (applications religieuses) avant le XIVe s. qui s’évertue à imposer des tendances scolastiques. C’est à partir du XVIIe siècle, d’un point de vue sémantique (ce dont parle un signifié) contrairement à la syntaxe (ce qu’est l’énoncé, le signifiant – Cf Logique I) que le mot science s’émancipe des termes philosophie et théologie. Puis ce n’est qu’après la révolution copernicienne que s’affirme fermement la science comme connaissance théorique à partir du XVIIIe siècle.

En effet, à partir du XIIe siècle, la science est un savoir au service de la religion comme « connaissance transcendante que Dieu à des êtres et des choses » (1165) puis  comme « l’esprit de Dieu, en tant qu’il donne la science à l’homme » (1553).

Ainsi, au début, ce savoir est principalement localisé dans le domaine de la religion et de la morale. Il faut se rendre compte là, du niveau très limitée de la pensée européenne par rapport aux anciennes civilisations Arabes, Chinoises, Védiques…

La domination de l’Église était totale et seule la philosophie naturelle d’Aristote pouvait se mêler aux discours religieux dans les raisonnements de la scolastique. Le mot « savant » apparaît vers le XVe siècle, suite à des traductions de livres arabes qui employaient fréquemment ce terme.

Il faut comprendre que même la pensée de Descartes (cartésianisme), à son époque était dominée par le pouvoir religieux qui imposé clairement ses directives. A partir des notions d’observation, de méthode, de raisonnement et d’expérience, la science se spécifie en sciences naturelles, sciences humaines, sciences occultes…

Tableau historique des expressions utilisant le mot science

  • La science du bien et du mal (1170) ; connaissance parfaite liée à la Genèse (II.9).
  • En utilisant la locution par science (1165) ; en sachant de quoi il s’agit.
  • La science de quelque chose (1170), l’escience) ; connaissance exacte et approfondie.
  • La science de quelqu’un (1250) ; ensemble de connaissance.
  • Science désigne (v. 1265) un ensemble de connaissance ayant un objet déterminé et une méthode propre et les sciences l’ensemble des disciplines qui forment le savoir théorique (XIIIe).
  • Faire science (1501) ; agir sagement.
  • Avoir science aperte [ouverte] (1270) ; savoir de façon sûre puis de certaine science (1291) devenu de science certaine (v.1660) toujours en usage.
  • En philosophie, science acquise (1375) signifie puissance intellectuelle de l’homme en tant que fondement du savoir dans le sujet.
  • Le mot scientifique (XIVe) et sciences mathématiques (Oresme) commencent à préciser un ensemble de connaissances.
  • Avoir la science infuse (théologie fin XVe) ; avoir la connaissance que donne Dieu par pure inspiration.
  • Les sciences libérales (déb. XVIIe) ; les arts libéraux
  • Les sciences spéculatives (1670) ; connaissances qui reposent sur le pur raisonnement.
  • Les sciences naturelles (1674).
  • Les sciences humaines (1644) ; connaissances liées à la langue, la grammaire, la poésie et la rhétorique et opposées (XVIIe et XVIIe) à hautes sciences (1718) comme connaissance théologiques, philosophiques et mathématiques. Début XXe, les sciences sociales prennent un nouveau sens : sciences dont l’objet est l’homme en société.
  • Sciences curieuses (alchimie et astrologie) et sciences occultes (1690) relatives aux phénomènes irrationnels de l’existence psychique.
  • La science du cœur (v. 1695) la connaissance intuitive des sentiments humains.
  • Les sciences philosophiques (1721) et les sciences morales (1750) et sciences économiques (1760) et sciences politiques (1772).
  • Les sciences (sans qualificatif, 1765) désignent les connaissances exprimées par le calcul et l’observation, l’expérimentation. Comme pour les sciences exactes (1751) ; mathématiques et sciences expérimentales (1787) ou sciences d’observation.
  • Les sciences physiques (1868), sciences pures opposées à sciences expérimentales (1873).
  • Par contre les sciences dures (exactes, déductives ou hypotético-déductives) différentiée des sciences molles (sciences humaines sans relations avec les calculs et l’expérience) sont des définitions qui n’existent pas en tant que telles, mais plutôt des traductions limités par le vocabulaire anglo-saxon.

Du médiéval à la renaissance

La science médiévale

  • La foi
  • La rhétorique
  • La révélation (source d’autorité)

La science de la renaissance

  • Le droit comme émanation de la pensée divine (réglementation de la vie humaine)
  • Les mathématiques comme ordre du monde
  • Le raisonnement formel et les expériences contrôlées

Du droit divin à la science rationnelle

Heureusement (ou malheureusement pour certains) que le droit est passé à « gauche de la science » en laissant de côté l’émanation de la pensée divine… Ceux qui, à l’époque, ont édifié (en texte) le droit, ont (selon moi) prostitué la « pensée manichéenne de Saint Augustin » pour s’octroyer le pouvoir de domination de ceux qui prononcent le droit sur d’autres qui doivent s’y conformer. Le droit et la justice sont, à la base, écrit pour que certains dominent d’autres ; En vue d’établir un équilibre social bien sûr {voir Sumer et Hittite}. Dans l’idée de divinité, ils se sont fourvoyés. Encore de nos jours, regardons seulement les perruques qui ont presque disparues et les robes des avocats qui restent encore comme des relents de « pouvoirs divins » qui n’en sont pas mais comme « domination humaine et injustice caractérisée ».

Laissons maintenant de côté le « droit » qui je l’espère un jour, fera mea-culpa et demandera pardon aux peuples du monde, dans l’introspection nécessaire pour regarder avec objectivité son passé et s’excuser de toutes les erreurs commises dans les jugements prononcés et autres exécutions sommaires…

En Europe, combien de gens ont été brûlés pour appliquer la justice (dite) divine ? Et au début de la République française, combien de personnes ont eu la tête tranchées par application du droit de domination ? Certains souhaitent maintenant réhabiliter Robespierre, d’autres Lavoisier… Et que dire, par application du droit anglais (interdiction de l’homosexualité), du procès injuste d’Alan Turing en 1952… Ce n’est pas vieux et pourtant, cela montre clairement le poids actuel de l’Église (de la loi divine) dans l’écriture des lois juridiques en Europe.

Les lois mathématiques s’imposent

La science de la Renaissance (droit et mathématiques), après les travaux de Newton et la formalisation mathématique des lois du Kosmos, s’oriente vers la science que nous connaissons (théorique et expérimentale) et non vers la science du droit et des « tribunaux subjectifs ».

Ainsi, depuis le début du XVIIIe s., la science se dit de la connaissance exacte, universelle, vérifiable et exprimée par des lois (langage formel des mathématiques et non des lois juridiques).

Sociologiquement, on remarque aisément que le mot science qui était (initialement, XIIIe) certaine car transmise par la divinité et reçue par le pouvoir ecclésiastique devient objective et rationnelle (exacte). La laïcisation de la société européenne commence donc par la science (et non par la politique, ni par le droit) puisque la connaissance certaine/exacte/précise est prouvée mathématiquement et expérimentalement.

Séparation des sciences et des lettres

A partir de 1835, apparaît la distinction entre les sciences et les lettres. Puis se généralise des expressions qui témoignent d’une précision accrue (mais excessive) des sciences positives (v. 1860) c’est à dire déductives ou susceptibles d’être contrôlées expérimentalement. Je traiterai par la suite du positivisme et de ses erreurs qui confinaient la science dans l’approche sensorielle d’Aristote.