Dieu, la Matière et l’Univers

Pythagore était un philosophe qui basait ses réflexions sur une vision antique (mythologique) et orientale (symbolique) du monde.

Antoine Fabre d’Olivet disait :

L’enseignement que Pythagore reçu à Babylone était professait, au cours de conférences fréquentes, sur les principes des choses, par un grand mage que Porphyre nomme Zabratos, Plutarque Zaratas et Théodoret Zaradas. Plutarque penche à croire que ce mage très éclairé est le même que Zardusht, ou Zoroastre et la chronologie n’est pas entièrement contraire.

En orient, pour les brahmanes, les égyptiens, les chinois et tant d’autres, le principe de toutes choses est triple puisque le monde est différentié en « trois plans d’existence habités par des intelligences d’une pureté différentes » que Pythagore nommait les dieux immortels, les héros bienfaiteurs et les esprits demi-dieux {Habituellement, dans Les vers d’Or de Pythagore, la traduction est différente, mais j’utilise celle d’Antoine Fabre d’Olivet}.

Et cette dichotomie, en trois mondes, s’explique en considérant que Pythagore (son Ecole) faisait les analogies suivantes entre les nombres et les symboles :

  • Le nombre 1 pour désigner Dieu
  • Le nombre 2 pour la matière
  • Le nombre 12 comme combinaison de 1 et 2 pour représenter l’univers.

En effet, la sphère céleste (360°) est découpée en 12 signes zodiacaux, symbole initié par les chaldéens entre le Tigre et l’Euphrate d’où Pythagore tire sa formation.

Pythagore associait aussi les symboles suivants aux nombres :

1 : Dieu, la Monade ;

2 : La matière, la Dyade ;

3 = 1 + 2 : la combinaison de la Monade et de la Dyade c’est-à-dire le monde phénoménal ;

4 : la Tétrade, ou forme de perfection {manifestée}.

1+2+3+4=10 : la Décade mystique, la somme de tout, le Kosmos entier ;

Chez les grecs, pour désigner une « totalité », c’est le mot holos qui était utilisé. Il donne très tardivement le terme holisme (biologie, 1939) puis holistique pour désigner une réflexion « sur le tout » par opposition au rationalisme de Descartes qui se forge une idée par une succession de réflexions causales alignées par dichotomie.

Dans notre langage (à partir des latins), l’Univers apparaît d’abord comme « adjectif » de mundus (le monde) à la fin du XIIe siècle. Globalement l’univers désigne « la totalité d’une chose », à proprement parlé comme « une chose tournée (versus) vers l’unité (unus) ». Quelques usages du mot Univers :

  • 1300 : quelque chose « d’entier dans sa plus grande extension » ou pour exprimer la totalité géographique ;
  • 1531 : le globe univers pour désigner la Terre ;
  • 1534 : l’empire univers pour parler « du gouvernement de la Terre entière ».
  • 1553 : l’Univers devient un n.m pour désigner la « surface du globe terrestre »
  • A partir du XVIe s. mais surtout au XVIIe siècle, l’univers représente un « grand nombre de personne » (1616). Cette interprétation peu connue fournie aux concepteurs (Fermat, Pascal) de la théorie des probabilités l’une des variables qui exprime la « totalité des états possibles ».
  • Dès le XVIIe s. et surtout au XVIIIe siècle, sur les progrès de l’astronomie, l’univers désigne l’ensemble de la matière distribuée dans l’espace et dans le temps comme le système planétaire du soleil (avec la Terre) et des corps célestes qui lui sont extérieurs (les étoiles) puis un ensemble plus vaste après l’observation de plus en plus précise des nébuleuses (galaxies).

Remarque : on assiste à la révolution copernicienne, du géocentrisme (les hommes, la Terre) à l’héliocentrisme (la pensée relative, le soleil).

  • A partir du XIXe s. avec les découvertes en spectroscopie (Kirchhoff, Bunsen), l’univers intègre un sens immensément plus étendu et non-centré spatialement. Le père de Carnot écrit des « réflexions métaphysiques sur le calcul infinitésimal ». Puis au XXe siècle les expressions comme univers courbe et courbure de l’univers décrivent le concept relativiste de l’espace-temps. Dorénavant, l’espace et le temps sont intimement liés au sein de l’univers.
  • L’expansion de l’univers est observée par E. Hubble (1923) et la naissance de l’univers est étudiée depuis 1960.
Symboles numériques des Grecs

Le symbolisme numérique du 1 (Dieu), du 2 (Matière) et du 12 (Univers). Pythagore concevait le monde comme universel et composé de trois mondes particuliers (3), qui, s’enchaînant l’un à l’autre au moyen des quatre modifications élémentaires (4), se développaient en 12 sphères concentriques soit 3 x 4 = 12. Cette application du nombre 12 est commune aux égyptiens, aux chaldéens et aux chinois {Le zodiaque chinois comporte 12 signes, mais c’est le symbole de Fo-Hi qui exprime l’association du 1 par une ligne entière et du 2 par une ligne brisée}.

Initialement, pour le sens donné à la divinité, il s’agissait simplement de « l’ordre des choses » dans l’Univers. Ainsi, Pythagore considérait cette hiérarchie spirituelle comme une progression géométrique et il envisageait les sphères qui composent l’Univers, de la matière à l’immatériel, comme habitées par des êtres qui « structurent la réalité » avec des rapports harmoniques. C’est pourquoi Pythagore fonda, par analogie, les lois de l’Univers sur celles de la musique. Il appela « harmonie » le mouvement des sphères célestes, et se servit des nombres pour exprimer les facultés des êtres différents, leurs relations et leurs influences. Pour Hiéroclès, Pythagore nommé la divinité le Nombre des nombres et quelques siècles après, Platon parlait des êtres divins comme des idées et des types qu’il cherchait à pénétrer par la dialectique et la force de la pensée.

{théorie des émanations en relation avec la théorie des ondulations : perturbation en un point et propagation/atténuation comme l’émanation « sonore » de la divinité dans les 12 sphères célestes.}

Je termine par citer le courant des gnostiques (gnosis, savoir) qui nommaient Eons les êtres intermédiaires qui « organisent le Kosmos ». En égyptiens, ce nom signifiait principe de volonté se développant par une faculté plastique, inhérente à la constitution de la matière. Alors qu’en Grèce, le terme Eon s’est appliqué à une durée infinie. Eon dérive donc du phénicien (aï) signifiant point central de développement et (iôn), la faculté générative {selon A. Fabre d’Olivet}. Cette faculté là, génère dans le temps, l’évolution des choses et du monde « qui va » vers ce destin que l’on cherche à comprendre. C’est le fameux Yoni des indous et le Yin des chinois : c’est-à-dire la nature plastique de l’Univers. De là, le nom de Ionie donné à la culture grecque qui était installée à l’ouest de la Turquie actuelle (près socratique).

Les ions et les porteurs de la charge électrique dans la matière :

« Iôn » qui signifie « qui va » donne « Ionie » : Participe présent du verbe aller (grec, ievai), va s’écrit iôn en grec et faraday choisit ce terme en 1834 pour définir un atome qui perd ou qui gagne un (ou plusieurs électrons), c’est-à-dire une particule chargée électriquement et donc responsable du passage d’un courant électrique dans une solution chimique (Réaction d’oxydoréduction).

{Étude expérimentale en physique ; sphéricité de la Terre…}

Auteur de l’article : Patrice PORTEMANN