Technologie et Islam

Les musulmans ont grandement développés les mécanismes en tout genre, les automates comme les horloges, les instruments comme les astrolabes et toutes les machines utilitaires (pompe à eau) qui, élèvent au rang de science, la « mécanique ». On peut simplifier cette idée en disant qu’entre l’an 500 et 1500, les produits les plus innovants de la technologie proviennent du Proche-Orient. Les musulmans récoltent les fruits des autres civilisations (Grèce, Egypte, Iran…), mais au lieu de dénigrer et d’écraser les peuples conquis, ils recueillent religieusement l’héritage technique et s’efforcent d’améliorer le rendement des différentes machines.

La réforme technologique qui en découle est initiée par un changement de point de vue. Toutes actions dans la matière et sur Terre exigent une force pour mettre en mouvement un objet. Avant, cette force était humaine ou animale même si des « outils » (comme le moufle) permettent, déjà depuis Archimède (et bien avant encore), de diminuer la force nécessaire au déplacement des masses. Mais là, les musulmans font preuve de pragmatisme en développant des machines et une technologie qui s’efforcent d’utiliser la force de l’eau comme moyen nécessaire pour soulager les efforts terrestres. Deux hommes s’illustrent dans ce sens : Al-Jazari (XIIe s.) et Tari al-Din (XVIe s.). Plus tard, c’est la force de la vapeur (changement d’état de la matière) puis la force du feu (moteur à explosion, combustion) et maintenant la force électrique via le charbon, l’atome, l’eau, le vent, le soleil… qui permettent de faire fonctionner des technologies.

Al-Jazari est considéré comme le premier « prince des ingénieurs arabes », il vivait à la cour des souverains Artukides, dynastie turque vassale du roi de Damas. Ses découvertes sont rassemblées dans l’ouvrage Recueil utile sur la théorie et la pratique de l’art des procédés ingénieux qui révèle une finesse du dessin technique (hors norme) dans la description ou la précision des technologies détaillées. Ses travaux englobent des domaines comme les pompes à eau, les horloges, les automates…

La technicité des arabes était telle, que déjà, au XIe siècle lorsque les chrétiens s’emparent de Tolède (en 1085), le roi Alphonse VI exige de ses savants de reproduire les horloges à eau construites par Al-Zarqali (savant Andalou) sur les rives du Tage. Les savants occidentaux démontent l’horloge pour en connaître constitutifs, mais ils ont été incapables de la remonter.

Dans cette approche de la technicité, la culture musulmane cultive l’humilité comme valeur humaine. Alors que l’occidental a du mal à considérer cette vertu. En effet, les grecs pensaient déjà que la chimie (art pratique et technique) était dénuée de sens car concret et donc ne faisant pas partie des nobles connaissances humaines et abstraites. C’est exactement le même problème de nos jours avec les mathématiques en Europe, la science reine et toutes les autres qui résultent d’une technicité particulière, et donc d’une approche pratique dans laquelle « il faut se salir les mains » est dénigrée par les hautes classes sociales. Comprenez bien lecteur, lectrice, qu’un noble doit être propre !

Auteur de l’article : Patrice PORTEMANN