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Hermès Trismégiste

Dans les Fragments d’Hermès Trismégiste on prend conscience de la puissante logique grecque par déduction. Cette logique (structure du raisonnement), comme aime l’utiliser par la suite Aristote (qu’il nomme analyse), est basée sur la causalité des contraires. Mécanisme de réflexion exagéré d’ailleurs lorsque l’on compare « les perceptions réelles engendrées par le verbe » aux « hymnes du Rig Véda » qui expriment tant de choses dans le registre de la poésie et du langage intuitif.

Personnage légendaire

Hermès Trismégiste « trois fois très grand » est considéré comme le père fondateur de la philosophie naturelle et alchimique, de la philosophie morale et de la philosophie métaphysique (d’après Roger Bacon). Hermès Trismégiste est à l’origine de la Table d’Émeraude et des discours d’Hermès à Asclépios et d’Hermès a son fils Tat. Jamblique dit qu’Hermès Trismégiste est « un dans tous » et que de nombreux auteurs grecs « mettaient leurs œuvres sous le nom d’Hermès». Bien avant Trismégiste, Hermès est associé à la mythologie grecque (petit fils d’Atlas et fils de Zeus et de Gaïa), à la mythologie égyptienne avec Thot-Hermès et plus tard à la mythologie sémitique (Arabe et Hébraïque). Au moyen Age, en Europe de l’ouest, Hermès Trismégiste est considérait comme le père fondateur de la Science Hermétique (Corpus Hermeticum) c’est-à-dire de la science alchimique, magique, symbolique et astronomique.

Extraits

J’ai commencé à lire les Fragments d’Hermès Trismégiste vers l’âge de 19 ans (en 1993) lorsque je commençais mes études (maths sup) à Pau dans les Pyrénées Atlantiques. Régulièrement, après le repas de midi, j’allais sur un banc public (non loin de l’établissement ) pour lire ce livre  dans un beau jardin parsemé de grands arbres et de massifs fleuris et colorés.

Extrait du LIVRE PREMIER des Fragments d’Hermès Trismégiste

Hermès : Ce monde est si grand qu’il n’y pas de corps plus grand que lui. […] Quel doit être le lieu de son mouvement, et de quelle nature ? Ne faut-il pas qu’il soit beaucoup plus grand que le monde, pour que celui-ci puisse s’y mouvoir sans être retenu ni arrêté dans sa marche ?

Asclépios : C’est quelque chose de bien grand, Ô Trismégiste.

Hermès : Et de quelle nature ? D’une nature contraire, n’est-il pas vrai ? Et le contraire du corps, n’est-ce pas l’incorporel ?

Asclépios : J’en conviens.

Hermès : le lieu est donc incorporel. Mais l’incorporel est divin ou Dieu. J’appelle divin, non ce qui est engendré, mais ce qui est incréé[1]. S’il est divin, il est essentiel ; s’il est Dieu, il est au dessus de l’essence. D’ailleurs, il est intelligible pour nous, non pour lui-même, car l’intelligible tombe sous la sensation de l’intelligent. Dieu n’est donc pas intelligible pour lui-même, car en lui le sujet pensant n’est autre que l’objet pensé. Pour nous, il est différent, c’est pourquoi nous le concevons. Si l’espace est intelligible, il n’est pas Dieu, c’est, non comme espace, mais comme principe de l’étendue. Mais tout ce qui est mu se meut non dans le mobile, mais dans le stable. Le moteur est stable, car il meut peut partager le mouvement du mobile.

[…] Tu vois ces Ourses, ces constellations qui ne se couchent ni ne se lèvent[2] ? Tournent-elles autour d’un point ou sont-elles immobiles ?

Asclépios : Elles sont mues, Ô Trismégiste.

Hermès : Quel est le mouvement, Ô Asclépios ?

Asclépios : Elles tournent sans cesse autour du même point.

Hermès : Une révolution autour d’un point est un mouvement contenu par la fixité. Car la circulation empêche l’écart, et l’écart empêché se fixe dans la circulation. L’opposition de ces deux mouvements produit un état stable toujours maintenu par les résistances mutuelles.

[…] Il est donc évident que tout mouvement est produit par quelque chose et dans quelque chose.

Asclépios : Mais le mouvement doit être produit dans le vide, Ô Trismégiste.

Hermès : Ne dis pas cela, Asclépios. Il n’y a pas de vide dans l’univers. Le non-être seul est vide et étranger à l’existence. Mais l’être ne pourrait pas être s’il n’était plein d’existence. Ce qui est ne peut jamais être vide.

[…] Tout ce que tu crois vide et donc plein d’air,  et par conséquent des quatre éléments. Et en sens inverse, on peut dire que ce que tu crois plein est vide d’air. […]

Asclépios : […] Mais que disons-nous du lieu où se meut l’univers ?

Hermès : Il est incorporel, Ô Asclépios.

Asclépios : Qu’est-ce donc l’incorporel ?

Hermès : L’intelligence et la raison s’embrassent elles-mêmes, libres de tous corps, exempts d’erreur, impassibles et intangibles, restant fixes en elles-mêmes, contenant tout, conservant tous les êtres. Ses rayons sont le bien, la vérité, le principe de la lumière, le principe de l’âme.

Asclépios : Qu’est-ce donc que Dieu ?

Hermès : Dieu n’est rien de tout cela, mais il est la cause de tout en général et de chaque être en particulier. Il n’a rien laissé au non-être ; tout être vient de ce qui est, et non de ce qui n’est pas. Le néant ne peut devenir quelque chose ; il est dans sa nature de ne pouvoir être. La nature de l’être, au contraire, est de ne pouvoir cesser d’être.

Cet extrait, un peu long, était nécessaire pour percevoir, si l’on fait l’effort de se concentrer en maintenant le sens des mots dans leur association, la manipulation de la logique grecque à partir de la dualité ou de la causalité des contraires. Les grecs ont certainement puisé leur savoir chez les Égyptiens et de là ont rapportés leur approche de « l’Art de se connaître soi-même »

C’est ainsi que les grecs l’ont-ils inscrit sur le fronton du Temples de Delphes. C’est la base de la sagesse grecque obsédée par l’harmonie qui tisse des liens entre l’homme et l’univers, entre la matière et Dieu. Et comme l’exprime un habitant du Nord en écrivant la clavicule de la Science Hermétique dans ses heures de loisir (en 1751) :

« C’est là la clef du sceau de ce grand Hermès, duquel l’emblème est une main, qui tient une sphère, ou bien un petit monde avec cette inscription : Ce qui est en haut est comme ce qui est en bas. » 

Pour les sages grecs de l’époque :

  • Si tu apprends à te connaître toi-même, tu découvriras les lois de l’univers ;
  • Et inversement, si tu étudies les lois de l’univers, tu apprendras à te connaître.
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